Lancé en 2015, le dispositif ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) faisait nourrir de grands espoirs pour toute une population d’élèves en situation de handicap. Initiative phare de l’école inclusive, il devait s’agir d’un pont entre l’accompagnement individualisé et la scolarisation en milieu ordinaire. Si l’intention est louable, dix ans plus tard, le constat est mitigé : les moyens engagés sont insuffisants alors que la demande explose.
Le dispositif ULIS, pour Unités localisées pour l’inclusion scolaire, s’est imposé depuis 2015 comme l’un des piliers de l’école inclusive à la française. Concrètement, il s’agit de proposer, au sein des établissements du premier et du second degré, une classe spécialisée à effectif réduit à des élèves en situation de handicap. L’Education nationale a fixé la limite des classes à 12 élèves dans le premier degré, et 10 dans le second degré.
Les élèves ne restent pas tout le temps en ULIS. Ils participent à certains cours dans leur classe de référence (sport, arts, parfois français ou maths). Le temps est partagé entre la classe ULIS et la classe ordinaire. L’encadrement se fait par un personnel formé : des enseignants diplômés du CAPPEI (certificat d’aptitude professionnelle aux pratiques de l’éducation inclusive) et des AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap) pour la plupart.
En Gironde, selon les données de Handidonnées Nouvelle-Aquitaine, on recense pas moins de 223 établissements accueillant au moins une classe ULIS, dont 26 ULIS en lycée, 83 ULIS en collège, 113 ULIS en école, 1 en EREA (Établissement Régional d’Enseignement Adapté).
Sur le papier, la promesse est claire : offrir à des élèves en situation de handicap (troubles dyslexiques, autisme, handicaps moteurs ou cognitifs) un cadre adapté, à mi-chemin entre la classe ordinaire et l’accompagnement spécialisé.
Un dispositif en plein développement
Depuis la création des classes ULIS en 2015, des efforts sont mis en place pour perfectionner le dispositif. En Gironde, la procédure visant à reconnaître le handicap auprès de la MDPH s’est fluidifiée ces dernières années, comme le note Pascale Got, députée et conseillère départementale en Gironde depuis 2015 : « Il y a eu une forme de simplification d’accès à la MDPH et au traitement des dossiers. Au lieu de balader les gens de service en service, ils peuvent tout simplement avoir accès à un interlocuteur à la MDPH. » Un étape essentielle dans le processus d’intégration à la classe ULIS : c’est la MDPH qui juge si l’enfant doit être orienté ou non vers le dispositif.

Au niveau national, le secrétariat d’Etat chargé des personnes handicapées (SEPH) fait état d’efforts pour consolider l’école inclusive, classes ULIS comprises : « L’action conduite par le Gouvernement n’a eu de cesse, au cours des dernières années, d’accompagner le parcours des enfants en milieu scolaire, dans le milieu ordinaire comme dans le milieu spécialisé, car il importe d’offrir aux enfants et aux familles un panel de solutions diversifiées et adaptables tout au long du parcours. »
Des efforts budgétaires concrets déployés par l’Etat…
En attestent les ressources engagées par l’Etat dans le secteur. Le budget consacré à l’école inclusive s’élève à 4,74 milliards d’euros cette année selon le projet loi de finances 2026. Un chiffre en constante hausse ces dernières années : depuis 2022, il a augmenté de 25 %. Dans le budget actuel, 700 millions d’euros sont notamment investis dans le personnel des ULIS. Une preuve de l’attention accordée aujourd’hui à un sujet longtemps ignoré.
Même si les financements consacrés aux politiques d’inclusion scolaire sont en hausse, ils peinent à compenser des failles persistantes dans un système en crise.
Mais des moyens qui restent insuffisants
De nouvelles classes ULIS ouvrent chaque année mais cette augmentation se révèle insuffisante pour pallier les besoins : le nombre de demandes reste largement supérieur à la capacité offerte pour accueillir les élèves en situation de handicap.
En raison notamment d’un meilleur accès à l’information concernant leurs droits, le nombre de dossiers déposés à la Maison départementale du handicap (MDPH) par des parents d’enfants en situation de handicap est en forte augmentation.
Résultat : les demandes d’intégration en ULIS explosent ces dernières années. Et nombre d’entre elles ne sont pas satisfaites. Ainsi, de plus en plus d’enfants se retrouvent sans affectation.
En 2025, 105 élèves scolarisés en classe ordinaire sont en attente d’une place en ULIS. 104 élèves sont privés d’accompagnement par un AESH.
Effet domino avec la saturation des IME
Mais les ULIS ne sont pas les seuls dispositifs à saturer. Les établissements IME qui accueillent des élèves en situation de handicap mental sont contraints de refuser des demandes d’entrée. En 2026, plus de 11 000 enfants se trouveraient dans l’attente d’une prise en charge en IME. Conséquence : les élèves non admis se reportent sur les classes ULIS qui voient leur effectif gonfler. Une situation qui oblige des enfants pourtant orientés par la MDH vers le dispositif à entrer en classe ordinaire, dans l’attente de places disponibles. Les conditions de scolarité se retrouvent donc fortement dégradées : la composition des classes est très hétérogène, avec des élèves aux besoins radicalement différents.
« J’ai des enfants qui ont des handicaps lourds, qui devraient être dans des établissements médicaux spécialisés mais qui se retrouvent dans ma classe ordinaire car les IME ferment et que les classes ULIS sont pleines » déplore Géraldine Jousseaume, professeure en lycée professionnel à Blaye et représentante syndicale chez le SNUEP-FSU. « Ces élèves ne devraient pas être dans nos classes, ils devraient être dans ces classes vraiment adaptées avec 4 ou 5 élèves et non pas 30. »
À l’occasion de la conférence nationale du handicap (CNH) en avril 2023, il a été annoncé la suppression à terme des « établissements fermés », donc de tous les IME. Parmi eux, une centaine de « volontaires » seront installés de 2023 à 2027 dans les établissements scolaires ordinaires. L’Éducation nationale privilégie le terme de « transformation » des IME, là où les syndicats enseignants y voient une suppression.
Pourquoi les IME se transforment ?
Le SEPH (Secrétariat d’Etat chargé des personnes handicapées) justifie cette transformation des IME de milieux fermés en milieux ouverts, inclus dans le milieu scolaire ordinaire : « En vertu du principe d’inclusion, la scolarisation en milieu ordinaire est recherchée systématiquement. L’orientation des enfants en situation de handicap vers le milieu spécialisé ne devrait être envisagée qu’en dernier ressort et temporairement lorsqu’un enfant connaît des difficultés à l’école. »
Selon le syndicat SNUEP-FSU, l’inclusion par l’intégration en milieu ordinaire semble une excuse trouvée par le gouvernement pour justifier la transformation des IME, au détriment des ULIS déjà surchargées et des classes ordinaires dans lesquelles les élèves censés être en classes spécialisées sont de plus en plus nombreux.
Les conditions de scolarité se retrouvent donc fortement dégradées: la composition des classes est très hétérogène, avec des élèves aux besoins radicalement différents. Le travail des professeurs et l’apprentissage des enfants sont directement affectés. « Je suis démunie face à certains élèves présentant des formes d’autismes lourds. Aujourd’hui je ressens du mal-être et ça se dégrade d’année en année. J’en viens à redouter à la rentrée d’avoir des élèves en situation de handicap », regrette Ludivine, l’air coupable. « Cette situation nuit aux conditions d’apprentissage des enfants, aussi bien ceux qui sont en situation de handicap que ceux qui ne le sont pas. C’est de la maltraitance », dénonce l’institutrice.
Le manque d’AESH
Autre frein à l’ouverture de classes ULIS : la pénurie des AESH. En 2025, 50 000 élèves à la rentrée se retrouvent sans accompagnants parmi les 350 000 en situation de handicap (14 %). Or, les AESH sont indispensables pour assister les enseignants lors des cours en ULIS. L’Education nationale peine à recruter des AESH, métier précaire : « Il faudrait un meilleur salaire et le statut de fonctionnaire pour une meilleure reconnaissance si l’on veut rendre ce métier plus attractif. Je suis obligée de cumuler un poste de serveuse. Je ne travaille que 21 heures par semaine comme AESH et ne gagne que 800 € par mois. Le métier n’est pas suffisamment connu du public non plus », explique Sarah, jeune AESH en école primaire. Or leur rôle est primordial : « Quand je ne suis pas là, l’enfant n’est plus surveillé. Donc il fait des bêtises. Sans nous, l’enseignant subit. Sans leur accompagnant, certains enfants sont ingérables. Je suis d’une aide précieuse pour la maîtresse. »
Des solutions à trouver
Face aux nombreuses limites de la politique d’éducation inclusive actuelle, de nouvelles initiatives sont lancées. L’expérimentation des pôles d’appui à la scolarité (PAS) en est un exemple : lancé en 2024, ce dispositif doit permettre de répondre aux différents problèmes pédopsychiatriques de l’élève. Car tous les enfants en difficulté sur le plan mental ne sont pas pour autant éligibles à ULIS, le PAS propose d’apporter un soutien particulier aux élèves dans le besoin en mobilisant des intervenants spécialisés en classe.
Des pistes de solutions intéressantes mais qui ne seront pas efficaces sans des moyens alloués à la hauteur des enjeux de l’éducation inclusive.
Marine Benoin, Ndiémé Faye, Jean Bouyer, Florian Escoubet, Cyril Essissima, Victor Noguès-Szalkowski

