Nous avons orienté dès le départ notre réflexion autour d’enjeux liés à l’éducation en France. Sur ce thème, les jeux de données abondent et la « machine » de l’Éducation nationale présente de nombreuses problématiques intéressantes à aborder.
Notre première piste a été la question de la mixité sociale dans les établissements scolaires, et de la façon dont elle est réellement appliquée, en prenant en compte les différences entre public et privé. Nous l’avons cependant vite écartée, le sujet ayant déjà été abordé à de nombreuses reprises par la presse.

Néanmoins, nous avons continué de nous pencher sur l’inclusion sociale en milieu scolaire. Et bien vite, le sujet du dispositif ULIS s’est imposé.
De ce qu’avaient pu constater Ndiémé et Victor à l’occasion d’un précédent reportage, ce système d’inclusion des élèves à besoins éducatifs particuliers présente des insuffisances : manque de personnel, classes surchargées, explosion de la demande.
Maintenant, il s’agissait de trouver quelles données interroger, d’établir une problématique plus solide et d’émettre des hypothèses de travail.
Notre problématique : les insuffisances du dispositif ULIS
Après maintes discussions animées, nous sommes parvenus à verbaliser une problématique qui nous satisfaisait : « Le dispositif ULIS en Gironde : une accélération générale que l’offre ne suit pas ? »
Nous avons dégagé trois hypothèses de travail :
- H1: Le nombre d’élèves en classe ULIS d’année en année augmente.
- H2 La demande pour les classes ULIS augmente
- H3: La prise en charge souffre de disparités
Les grandes lignes esquissées, il n’y avait plus qu’à s’y mettre sérieusement. Mais c’était sans compter deux problèmes particulièrement retors que nous n’avions pas anticipés à leur juste mesure.
Premièrement, la complexité du fonctionnement de l’Education nationale. Les acteur·ices de l’Education nationale sont disséminé.es au sein de toute une galaxie d’entités, départements, services, souvent cachés derrière des acronymes et sigles peu parlants comme AESH, DSDEN, FSU, SE-UNSA, MDPH, etc. Pour faciliter notre compréhension et celle des lecteurs, nous avons dû constituer un petit lexique.
Cette première entreprise de définition achevée, il nous fallait comprendre quelles interactions existaient au sein de ce monde. Le fonctionnement des ULIS s’est imposé comme beaucoup moins clair dans les faits que nous l’avions supposé : le profil des enseignants n’est pas systématiquement le même (formation, poste, rôle auprès des élèves), les élèves ULIS ne sont pas répartis selon une méthode généralisée (en plus d’une classe commune, ils peuvent être, ou non, disséminés dans les classes ordinaires selon une logique propre à chaque établissement), et les établissements eux-mêmes n’intègrent pas le dispositif de façon uniforme.
Surtout, il a fallu composer avec un souci de calendrier qui a ralenti notre progression : notre travail de recherche se déroulait la semaine du 6 avril, soit en pleines vacances scolaires. Le calage et la recherche d’interlocuteur·ices se sont avérés très difficiles. Par chance, nous avons pu compter sur certains des contacts déjà obtenus par Ndiémé et Victor pour leur précédent article.
Nous avons ainsi interrogé une institutrice en CP, qui nous a transmis le contact de son AESH que nous avons également pu questionner. Nous avons aussi voulu donner la parole aux syndicats. Nous avons ainsi échangé avec une professeure en lycée professionnelle, membre de la SNUEP-FSU. Ces témoignages nous ont apporté des éléments de vécu concrets sur les insuffisances du système.
Après être tombés sur une question relative aux classes ULIS posée au Parlement par Pascale Got, députée et conseillère départementale en Gironde, nous avons sollicité un entretien avec elle.

Cet entretien nous a permis d’en apprendre plus sur l’évolution des classes ULIS en Gironde et de nous apporter une mise en perspective sur les moyens mis en place ces dernières années et sur leurs limites.
Une fois toutes ces informations rassemblées, des données aux entretiens, nous nous sommes lancés dans la rédaction, en suivant la trame qui nous semblait la plus pertinente : expliquer dans un premier temps en quoi consiste le dispositif ULIS, les moyens déployés pour le soutenir, puis revenir sur ses faiblesses.
Manipulation des données
Nous avons cherché à constituer un panorama des classes ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) dans les établissements du premier et second degré en Gironde. Sur le site data.gouv, nous avons téléchargé plusieurs jeux de données au format csv. :
- La liste de tous les établissements équipés d’un dispositif ULIS en France.
https://data.education.gouv.fr/explore/assets/fr-en-ulis
- Les effectifs des écoles françaises, avec le détail du nombre d’élèves ULIS
https://data.education.gouv.fr/explore/assets/fr-en-ecoles-effectifs-nb_classes
- Les effectifs des collèges français, avec le détail du nombre d’élèves ULIS
Nous avons filtré et nettoyé ces jeux des données pour ne garder que les données concernant les établissements en Gironde puis nous avons fusionné (formule =FILTER) le tableau de la liste des écoles-ULIS avec celui des effectifs des écoles (maternelle et élémentaire ensemble) en Gironde. Nous avons fait la même chose avec le tableau de la liste des collèges-ULIS et celui des effectifs des collèges.
Mais ce travail sur les données n’a pas été sans embûches et nous avons rencontré plusieurs difficultés.
Concernant les lycées français, nous avons trouvé le document détaillant les effectifs (nombre de filles et de garçons par niveau, langues vivantes, etc.) mais sans aucune indication concernant le nombre d’élèves ULIS à l’intérieur de ces établissements. Impossible de faire la moindre carte précise pour les lycées donc…
Autre difficulté : les tableaux des effectifs par établissements ne contenaient pas d’informations sur le nombre de classes ULIS par établissement mais seulement sur l’effectif total d’élèves. Même problème pour le tableau de la liste des établissements-ULIS : la présence ou non d’un dispositif était indiquée seulement avec un 0 ou un 1.

Sauf que dans de nombreux cas, le nombre d’élèves ULIS par établissement pouvait culminer jusqu’à 20 ou plus, soit bien au-delà des quotas théoriques d’effectifs maximum (12 pour les écoles et 10 pour les collèges et lycées). Un effectif de 23 élèves ULIS indiquait-il l’existence d’au moins deux classes ULIS de taille raisonnable, ou d’une unique classe surchargée ? Comment interpréter ces chiffres et comment connaître le nombre de classes par établissement ? Les informations sur le nombre de classes n’étant pas disponible sur le site des écoles et collèges, nous avons dû renoncer à établir des statistiques sur le nombre moyen et médian d’élèves par classe ULIS.

Dernier problème : au moment de fusionner nos tableaux (liste des établissements et effectifs des établissements), nous avons remarqué que la liste des établissements ULIS en Gironde contenait quelques lignes en plus par rapport au tableau des effectifs. Cela concernait trois écoles (école primaire Malartic à Gradignan, école élémentaire Jules Michelet à Talence et l’école primaire Le Mirail à Bordeaux) et quatre collèges (collège Alouette à Pessac, collège privé Sainte-Anne au Bouscat, collège Les Eyquems à Mérignac et collège de Bordeaux Lac à Bordeaux).
Il nous a fallu chercher manuellement les infos manquantes, quitte à enlever certaines écoles comme Jules Michelet où le doute nous a fait opter pour la prudence après avoir consulté ces sites qui n’indiquent aucune présence de classe ULIS.

Sources : https://college-lycee.com/ecole-elementaire-jules-michelet/Talence-0332136T
Grâce à ces données, qui portaient sur l’année scolaire 2024-2025, nous avons pu créer deux cartes sur Flourish, une pour les collèges en Gironde et une pour les écoles. Aucune carte des lycées n’a pu être produite en raison des difficultés évoquées plus haut.
Nous avons aussi créé une infographie sur les établissements avec un dispositif ULIS en Gironde (données datant de novembre 2025) grâce au site Handidonnées (https://nouvelleaquitaine.handidonnees.fr/page/scolarisation/les-ulis-et-les-erea/departement_33/evolution) et une infographie sur les élèves en attente d’accompagnement par un AESH grâce aux données fournies par la députée de Gironde Pascale Got.

Quel résultat ?
Malgré les difficultés dans la prise de contacts, nous sommes parvenus à dresser un panorama assez complet de la situation des ULIS en Gironde grâce aux données présentes sur les sites officiels (surtout data.gouv). Les pistes de réflexion sont nombreuses sur ce sujet complexe, dont les données évoluent à chaque rentrée scolaire.
Sources
Les ULIS en France : https://data.education.gouv.fr/explore/assets/fr-en-ulis
Évolution des effectifs des ULIS : https://rers.depp.education.fr/2025/details/04_EL2D/22_HAND1/03
Les chiffres clés du handicap en Nouvelle-Aquitaine 2023 : https://creai-nouvelleaquitaine.org/wp-content/uploads/2023/07/Chiffres-cles-handicap-33-2023.pdf
Les chiffres clés du handicap en Nouvelle-Aquitaine 2025 : https://creai-nouvelleaquitaine.org/wp-content/uploads/2025/10/Chiffres-cles-handicap-33-2025_V2.pdf
Page 24 du PDF téléchargeable sur ce lien en photo : https://rers.depp.education.fr

Projet de loi de finances pour 2026 : https://www.senat.fr/rap/l25-139-313/l25-139-31310.html
Scolarisation en établissements ULIS et EREA en Nouvelle-Aquitaine (2024) : Handidonnées Nouvelle-Aquitaine – Scolarisation – Les ULIS et les EREA – 2024
Question à l’assemblée nationale concernant le manque d’unités localisées pour l’inclusion scolaire au collège : Question n°8360 : Manque d’unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS) au collège – Assemblée nationale
Question à l’assemblée nationale concernant le manque d’IME : https://questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-13173QE.htm
SNES-FSU: Ecole inclusive : Ecole inclusive : les annonces de la CNH sont inquiétantes – SNES-FSU
Ministère de la santé : Ecole inclusive : https://handicap.gouv.fr/ecole-inclusive-deploiement-des-poles-dappui-la-scolarite-pas-et-reforme-des-equipes-mobiles-dappui-medico-social-emas

