Dans les coulisses de l’enquête sur l’analyse de vote dans les bastions historiques de la gauche bordelaise

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Les prémices de l’enquête et les débuts de notre réflexion

Au départ de la semaine de pratique du DATA LAB 2026, nous avons pensé à plusieurs sujets d’enquête : l’état des lieux de la prise en charge des personnes séropositives en Nouvelle-Aquitaine ou encore l’analyse du nombre d’arrêts maladie dans différents secteurs (santé, BTP). Mais après les recherches, nous nous sommes rendu·es compte des limites de problématisation et d’hypothèses possibles. 

Notre choix s’est donc porté sur un tout autre sujet, une enquête sur les bastions historiques de la gauche bordelaise sous le prisme des récentes élections. Ce n’est pas une idée sortie de nulle part. À presque un mois du second tour des municipales, la rédaction essaye, à partir de plusieurs données, de comprendre la défaite du maire sortant, Pierre Hurmic (Les Écologistes). Les électeur·ices ont laissé la place à Thomas Cazenave (Renaissance), à 1827 voix près.

La problématique et ses hypothèses

Tout au long de cette enquête de data, nous nous sommes demandés si les électeur·ices des bastions bordelais historiquement de gauche et d’extrême gauche se sont vraiment mobilisé·es au second tour pour Pierre Hurmic. Pour répondre à cela, nous avons formulé les hypothèses suivantes : 

  • Même après la défaite de leurs candidat·es, les électeur·ices d’extrême gauche ont tout de même voté Hurmic, pour plusieurs raisons : faire barrage à la droite et perpétuer Bordeaux sous les couleurs de la gauche. 
  • Les électeur·ices d’extrême gauche ne sont pas allé·es voter au second tour pour Pierre Hurmic, soit déçu·es de son premier mandat, soit pas assez à gauche de l’échiquier politique. 
  • Et, les électeur·ices de gauche du premier tour, même s’ il y a eu démobilisation au second tour pour Pierre Hurmic, ils et elles ne se sont pas rangé·es dans le camp de la droite. 

La récupération et la vérification de données  

Afin de mener à bien notre enquête, nous avons récupéré un tableau CSV sur les résultats des bureaux de vote de 1995 à 2026 à Bordeaux, toutes élections confondues. Puis, nous avons demandé à GitHub de nous lister les 20 bureaux de votes qui ont voté en masse à gauche. Grâce à cela, nous avons pu nous focaliser et analyser dans le détail les comportements de vote dans ses 20 bastions pendant les municipales 2026 entre le premier et le second tour. 

Puis, nous avons récupéré le tableau CSV sur data.gouv les résultats par bureaux de vote des résultats municipales 2026 à Bordeaux. Ce tableau nous suivra tout au long de notre enquête. https://docs.google.com/spreadsheets/d/1wBY77JDjj_dwjjUXsrKEIOLIu2GfdElaWcI3_5Kmj_4/edit?gid=0#gid=0

Répertoriage EN ROUGE des bastions historiques de gauche dans la ville de Bordeaux

Rapidement dans notre tableau Excel lorsque nous avions toutes les informations, nous avons mis des couleurs : rouge pour les 20 bastions historiques, orange pour les bastions mobilisés et rose pour les bastions démobilisés. 

Que deviennent les électeurs ?

Reste à comprendre ce que deviennent ces électeurs. Pour cela, nous avons distingué deux phénomènes :

  • La démobilisation : les électeurs ne se déplacent plus
  • Le basculement : ils votent pour Thomas Cazenave

Pour vérifier la piste de la démobilisation au second tour, il faut calculer son taux : si ce chiffre est proche de l’indice de fuite vers la gauche, cela révèle que la gauche a perdu par « silence » (les électeurs ne se sont pas déplacés). Quant à la piste d’un report des voix vers la droite, celle-ci est à écarter : le taux de fuite vers Thomas Cazenave est systématiquement négatif. Dans ces bastions, la gauche ne disparaît pas, mais elle se démobilise.

Cette analyse a permis de déterminer un autre type de bastion : ceux dont l’électorat de gauche s’est mobilisé en faveur de Pierre Hurmic au second tour. Dans ces bureaux, la différence entre la réserve de voix à gauche au premier tour et son score réel au second indiquait un gain de voix. 

formule pour calculer L’indice de fuite

 formule pour calculer le taux de démobilisation

C’est à ce moment que nous avons tenté (pas sans mal) de réaliser une carte grâce à GitHub et Gemini en sélectionnant seulement nos 20 bastions historiquement de gauche, puis en délimitant ceux qui se sont démobilisés et ceux qui se sont mobilisés au second tour. Nous les avons catégorisés par couleur (rouge pour les bastions historiques, rose pour les démobilisés, orange pour les mobilisés). Nous avons aussi mis en exergue cette démobilisation et mobilisation par les résultats au T1 et T2 des candidats de gauche (Hurmic, Raymond et Poutou pour le T1 (car ce sont les 3 candidats de gauche à avoir fait plus de 5% au T1) et Hurmic au T2 (seul candidat de gauche au T2) 

Puis nous nous sommes penché·es sur la réalisation de graphiques afin de rendre notre article plus lisible : 

  • un sur les 15 bureaux de vote où la gauche a perdu le plus voix entre les deux tours
  • un autre sur la différence entre le potentiel gauche du T1 et le total réel de la gauche au T2, dans les 3 bastions démobilisés et les 3 bastions mobilisés.

Puis, afin de rendre notre analyse encore plus précise, nous avons recroisé les données concernant les résultats des élections depuis 2020 dans nos trois bastions démobilisés. Nous avons pris le nombre de votes pour l’extrême, la gauche et autres (allant des politiques sans étiquette jusqu’à l’extrême droite en passant par la droite et divers droite). Par ces calculs, nous avons prouvé que ces trois bastions votaient massivement à gauche et à l’extrême gauche. 

Capture d’écran d’un exemple du travail pré-graphique alluvial pour trouver les chiffres à insérer

Tableau excel avec la moyenne dans les 3 bureaux de vote par élections et par tour

Puis, en allant sur Flourish, nous avons voulu faire notre graphique alluvial, mais nous nous sommes rapidement rendus compte que ce n’était pas lisible. On s’est alors rabattu sur un graphique plus classique : le bâton. 

premier test du graphique alluvial


Pour étayer encore plus notre analyse et vérifier l’hypothèse que la gauche se mobilise moins par rapport à l’électorat de droite, nous avons voulu réaliser un dernier calcul. Celui du taux de participation de la gauche par rapport à celui de la droite. Cependant, nous nous sommes retrouvés face à une réalité démocratique : le vote est anonyme. Nous sommes tout de même parvenus à obtenir un certain taux de participation, en rapportant les voix de chaque parti au nombre total d’inscrits (et non le nombre de voix exprimées dans les résultats).

Au delà de la data, les interlocuteur·ices

Les données chiffrées sont évidemment essentielles dans ce travail mais l’humain aussi. C’est pour cela que la rédaction est allée à la rencontre de Ludovic Renard, politologue et professeur à Sciences-Po Bordeaux; Nordine Raymond, candidat LFI à la mairie de Bordeaux. Nous avons aussi rencontré des militant·es de la France Insoumise : Victor Bès, Célia Faradjo, Kylian, Mari, Pablo et Marcelo 

Les difficultés rencontrées

Cette enquête mérite selon nous un regard sociologique. Malheureusement, les experts dans le domaine de l’analyse sociologique des tendances politiques, ne nous ont pas donné suite ou n’étaient pas disponibles, comme Vincent Tiberj. 

Aussi, le domaine de la data et le traitement de données sont totalement nouveaux pour tous les membres du groupe, notamment pour nos deux “expert·es data” : Hugo et Coline. Il y a eu donc quelques loupés au niveau des tableaux, dont ce fameux graphique. 

L’équipe

Hugo Vlamynck : expert data depuis la naissance

Coline Bouard : experte data révélée en chemin

Carla Morand : journaliste de terrain et rédactrice, intendante nourriture

Luca Mentzer : journaliste de terrain, rédacteur, tyran de la politique

Jeanne Olagne : coulisses, rouleuse de clopes attend la fin de la publication pour comprendre le sujet

Les ressources

Pour alimenter notre enquête, la rédaction s’est aussi documentée. 

Datadonnées :