Suite aux inondations record qui ont frappé la Gironde en février 2026, nous nous sommes demandés quel rôle y avait joué l’artificialisation des sols. On vous dévoile comment on s’y est pris.
Genèse du sujet
Le sujet d’enquête est né d’un constat simple : les inondations s’intensifient en Gironde ces dernières années, causant des dégâts importants. Début 2026, les tempêtes Nils et Pedro ont causé des dégâts estimés à 1,2 million d’euros, principalement en Gironde, et ont privé des centaines de milliers de foyers d’électricité durant des jours. Plusieurs questions se posent alors : les décideurs politiques prennent-ils des mesures suffisantes pour faire face au débordement des cours d’eau ? Ont-ils conscience des différents moyens d’atténuation des risques d’inondations ?
Lors de nos recherches, nous sommes tombés sur un post instagram publié par Ilian Moundib, spécialiste de l’adaptation aux changements climatiques. Dans ce post, l’ingénieur expliquait le manque de rigueur des journalistes dans le traitement des inondations en France. L’ampleur des dégâts liés aux inondations sont toujours mises en avant, tandis que les causes de ces dégâts ne sont jamais dévoilées. Il évoque alors l’impact de l’artificialisation des sols dans les inondations. Par là, il entend que les espaces bétonnés n’absorbent pas l’eau en cas d’inondations, comme pourrait le faire les sols sans cette couche imperméable de béton.
Nous nous sommes alors demandé si les responsables politiques prenaient assez au sérieux les alertes des experts sur l’impact de la bétonisation sur la gestion des crues ?
Pour trouver des réponses à ces questions, il fallait se concentrer sur une période assez longue pour analyser les actions politiques en matière d’urbanisme. Ces plans mettent parfois des années avant de voir le jour. Analyser l’action des politiques publiques sur une courte période n’aurait pas été pertinent. Ainsi, nous avons choisi de focaliser nos recherches sur les plans d’urbanisme réalisés depuis la tempête Xynthia en 2010. Si les décideurs politiques ont bien réagi face aux risques d’inondations, nous devrions être capables de voir une évolution dans la logique d’urbanisation des communes. D’autant plus que le rôle de l’artificialisation des sols dans la gestion des inondations avait déjà été mis en avant par des rapports d’experts avant 2010.
La question qui a guidé nos recherches était la suivante : depuis le passage de la tempête Xynthia en 2010 en Gironde, les plans d’urbanisme des villes particulièrement touchées ont-ils été adaptés par les politiques publiques face aux alertes des experts sur les conséquences de l’artificialisation des sols ?
Nous sommes partis d’une liste de quatre hypothèses :
H1 : Dans les zones les plus artificialisées, les inondations ont été les plus conséquentes. À l’inverse, les zones qui ont connu des plans de “désartificialisation” ont été moins impactées par la crue.
H2 : L’anthropisation des cours d’eau est globalement accélérée et encouragée par les villes.
H3 : Les politiques publiques n’ont pas suffisamment pris en compte les alertes des scientifiques quant au risque que présentent des sols trop artificialisés.
H4 : Les lobbies industriels et les promoteurs immobiliers ont eu une influence majeure dans l’adoption des plans d’artificialisation des sols dans les zones concernées.
Notre territoire d’enquête
Le département de la Gironde nous est apparu comme une évidence pour mener notre enquête étant donné sa position centrale dans les inondations en France. Ce territoire traversé par la Garonne, la Dordogne et l’estuaire de Gironde, porte des risques d’inondation très élevés. La Gironde est le département avec le plus de risques d’inondations de France. De plus, étant basés à Bordeaux, nos connaissances du territoire nous ont aidé dans nos recherches.
Notre objectif à travers cette enquête était d’expliquer le rôle de l’artificialisation des sols dans les inondations, mais aussi de dévoiler la responsabilité des décideurs politiques, des lobbies et des logiques économiques dans la gestion des crues.
Voici le plan que nous avons suivi dans la construction de notre enquête :
Intro avec accroche forte, chiffre choc + reformulation problématique
- Etat des lieux des inondations en Gironde → chiffres à illustres : nombre d’inondations + classement
- Rapport entre artificialisation et inondation → Illian + data qui montre vite fait le phénomène
- Rapport d’alerte
- Interview maire + constat urbanisation/lobby ? (expliquer pq) → data ? surface construite ?
- Pas que artificialisation, d’autres facteurs (Ambès et Bourg) → data ?
- Ouverture solutions

Récupération de données
Pour illustrer l’impact de la surface sur le ruissellement de l’eau, nous avons récupéré des données sur le coefficient de ruissellement, c’est à dire le chiffre qui indique quelle quantité d’eau s’infiltre dans les sols et quelle quantité se contente de ruisseler en surface. Ces données ont été récupérées sur le site de l’entreprise française ECOVEGETAL, spécialisée notamment dans la stabilisation des sols, et ont permis d’en sortir une infographie brillante de simplicité.
Nous avons d’abord voulu comparer deux villes avec un taux d’artificialisation opposé entre 2009 et 2024. Nous avons donc cherché une ville “bonne élève”, qui a pris en compte les alertes des experts sur le risque que représente l’artificialisation des sols pour une zone inondable. Et une ville “mauvaise élève” qui, elle, a beaucoup artificialisé ses sols depuis 2010. L’objectif était d’illustrer les propos d’Ilian Moundib et ainsi de montrer que l’artificialisation des sols augmente le risque d’inondations.
Pour cela, nous avons ensuite récupéré la liste des communes reconnues en état de catastrophe naturelle suite aux intempéries de février 2026.
Malheureusement, nous avons fini par renoncer à cette comparaison car les villes que nous trouvions grâce à nos jeux de données n’étaient pas de la même échelle. Comparer la gestion des inondations par ses sols d’une commune de 700 habitants avec une ville de 60 000 habitants n’est pas pertinent.
Cependant, ces recherches nous ont permis de constater un élément qui a remis en question une partie de notre enquête : l’artificialisation des sols est loin d’être le premier facteur des risques d’inondation. En analysant les données de la commune d’Ambès, nous avons remarqué l’inverse de ce que nous pensions démontrer. Cette ville très peu artificialisée ces dernières années a subi de lourds dégâts lors des dernières inondations. En échangeant avec la responsable du syndicat mixte pour le développement durable de l’estuaire de Gironde, nous nous sommes rendu compte qu’une ville comme Ambès, située à l’embouchure de deux fleuves (Garonne et Dordogne), n’échappera pas aux inondations en désartificialisant ses sols. Nous avons donc fait un constat qu’il nous semblait primordial d’illustrer dans notre article : la proximité avec des cours d’eau est le facteur principal d’inondations. Et un faible taux d’artificialisation des sols permet de réduire l’ampleur des crues.
Comment nous nous y sommes pris ?
Pour faire le lien entre artificialisation et inondations, nous avons voulu récupérer des données présentant, en chiffres, les surfaces artificialisées. Après quelques recherches, nous avons trouvé les données que nous recherchons sur Data Gouv. Ce sont des données qui viennent du Cerema et du Portail de l’artificialisation des sols, qui montre la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers du 1er janvier 2009 au 1er janvier 2024

Ainsi, nous avons dressé un tableau du taux d’artificialisation des sols entre 2009 et 2024 (chiffres recensés) des villes de Gironde inondées lors de ces évènements, le tout “nettoyé” par l’IA. Plus tard, nous nous sommes aussi appuyés sur le tableau de base, pour vérifier s’il n’y a pas eu de réinterprétation de l’IA (ce qui n’a pas été le cas).


Nettoyage
Pour rendre lisible nos données sur l’artificialisation des sols des communes de Gironde, nous avons fait plusieurs choix :
- Nous avons gardé toutes les données concernant la période 2009-2024. Ce choix s’explique par la volonté de borner notre sujet à l’intervalle de temps séparant les dégâts occasionnés par la tempête Xynthia en 2010 de ceux causés par les inondations de février 2026. Ainsi, nous pouvions observer si les différentes communes touchées en 2010 avaient adapté leurs plans d’urbanisme pour réduire l’artificialisation de leurs sols.
- Dans un souci de vérification, nous avons ensuite nettoyé le tableau initialement obtenu pour ne garder que les colonnes montrant les communes, leur superficie, la surface artificialisée en m2 et leur taux d’artificialisation sur la période. Les données correspondaient avec le tableau « nettoyé » par l’IA.

Analyse des données
Pour l’artificialisation des sols, une question s’est rapidement posée : sur quelles données s’appuyer ? L’évolution du taux annuel de l’artificialisation des sols ? La superficie totale d’artificialisation des sols ? La superficie d’artificialisation comparée à la superficie totale de la commune ? Cet axe à évolué à plusieurs reprises durant l’élaboration de notre article.
Parmi les premières communes que nous voulions étudier, nous nous sommes concentrés sur la superficie totale d’artificialisation des sols. Nous avions d’ailleurs choisi une commune, Saint-André-de-Cubzac, qui avait subi les dégâts des tempêtes Xynthia et Nils, et qui présentait parmi les plus hauts chiffres d’artificialisation en Gironde. Pourtant, lorsque l’on étudiait l’évolution de son taux annuel d’artificialisation, celui-ci était en baisse. On remarquait que cette commune avait une forte augmentation de l’artificialisation des sols, il y a une dizaine d’années, avec une baisse progressive au cours des années.
Nous avons donc évolué dans l’interprétation de nos chiffres. La superficie totale d’artificialisation peut être faussée par la superficie de la commune. Et lorsqu’on compare la superficie d’artificialisation avec le terrain total de la commune, cela n’est pas assez évocateur.
Le choix a donc été fait de mobiliser ces trois données en même temps, pour avoir une “couverture totale” de l’enjeu.
Pour illustrer l’importance des inondations en Gironde, nous avons tout d’abord décidé de montrer la récurrence de ce phénomène dans le département. Pour cela, nous nous sommes basés sur le nombre d’arrêtés Cat Nat inondation selon les départements. Après un rapide tri, nous découvrons que la Gironde est le département avec le plus de reconnaissances “catastrophes naturelles inondation”. Ensuite, nous avons décidé de localiser ce phénomène au sein du département. Pour cela, nous avons décidé d’également nous baser sur une identification de risques aux catastrophes naturelles. Pour les inondations, il y en a deux principales : les TRI (territoires à risque important d’inondation) et le PPRI (Plan de prévention du risque d’inondation). Ces deux données permettent ainsi de montrer l’étendue du phénomène dans le département.
En utilisant la fonction MOYENNE de google sheets, on a pu obtenir la moyenne d’artificialisation de toutes les communes année par année jusqu’à 2024. Cela nous a permis de créer un graphique montrant une tendance globale à la baisse de l’artificialisation des sols après un pic atteint en 2013-14. Il est toutefois important de noter que cette baisse étant issue d’une moyenne, cette courbe n’est pas représentative pour chacune des communes individuellement. Il faut aussi préciser que l’on ne peut pas déterminer si cette diminution de l’artificialisation est dûe à une prise de conscience écologique ou à la conjoncture économique, difficultés budgétaires…
La fonction moyenne nous a également permis de comparer les taux moyens d’artificialisation entre toutes les communes girondines et les communes reconnues en état de catastrophe naturelle suite aux inondations de février 2026. La faible différence (0,04%) nous a montré que le simple indicateur de l’artificialisation n’était pas suffisant pour expliquer les dégâts causés par une inondation sur un territoire.
Choix de visualisations
Pour illustrer notre enquête nous avons réalisé six infographies, certaines avec Flourish :
1. Un diagramme à barres horizontales comparant la Gironde aux autres départements et montrant que celle-ci est le département le plus touché par les inondations, en réalisant une comparaison du nombre d’arrêtés Cat Nat Inondation
2. Une carte montrant les zones les plus exposées aux inondations en Gironde, en mettant en avant les Territoires à risque important d’inondation (TRI) et les communes concernées par un Plan de prévention des risques d’inondation (PPRI).
3. Une carte illustrant l’évolution de l’artificialisation des sols dans le département de la Gironde, selon six facteurs :
- Le total des terrains artificialisés sur la période 2009-2024, en m²
- La part de surface communale convertie en surface artificialisée, en %
- Le total des terrains artificialisés sur la période 2009-2016, en m²
- Le total des terrains artificialisés sur la période 2016-2024, en m²
- La moyenne, par année, des terrains artificialisés par commune, avant l’entrée en vigueur de la loi ZAN (2009-2021, en m²)
- La moyenne, par année, des terrains artificialisés par commune, avant l’entrée en vigueur de la loi ZAN (2009-2021, en m²)
D’autres avec Canva :
4. Un graphique en courbe montrant l’évolution de l’artificialisation des sols en Gironde entre 2009 et 2024.
5. Une infographie expliquant la différence d’infiltration des eaux selon la surface du sol.
6. Un diagramme en barres verticales comparant le taux d’artificialisation moyen de toutes les communes girondines avec les communes reconnues en état de catastrophe naturelle suite aux inondations de février 2026.
Interlocuteur·ices
Notre premier interlocuteur a été un élément déterminant dans notre bonne compréhension du sujet : Ilian Moundib, ingénieur spécialiste des questions de résilience climatique. Il nous a apporté de précieuses informations d’un point de vue scientifique, sur le problème que posent les sols imperméabilisés, leurs impacts sur le cycle de l’eau…mais aussi sur les politiques d’urbanisme insuffisante concernant ces problématiques. Il nous a également renseigné sur les solutions qui pourraient être mises en oeuvre pour diminuer les risques que représentent les futures tempêtes.
Notre deuxième interlocuteur, Stéphane Pinston, est adjoint au maire de Saint-André-de-Cubzac, délégué à l’urbanisme durable et à l’habitat. Il nous a apporté des informations sur la politique d’urbanisme de cette ville qui a connu une importante croissance ces dernières années. Saint-André-de-Cubzac a été beaucoup artificialisée de 2009 à 2016, puis a connu une forte baisse d’artificialisation. Il nous semblait pertinent de comprendre les motivations derrière ce basculement de politique.
Notre troisième interlocutrice est Célia Monseigne, la présidente du Syndicat Mixte Pour le Développement durable de l’estuaire de Gironde, maire de Saint-André-de-Cubzac et élue depuis 37 ans dans cette commune. En tant que présidente du Syndicat Mixte pour le Développement durable de l’estuaire de Gironde, Célia Monseigne a pu nous renseigner sur l’artificialisation des sols des villes de Bourg et Ambès qui longent l’estuaire de Gironde. Elle nous a expliqué pourquoi les deux villes proches avaient un taux d’artificialisation si différent. Et elle a témoigné de la responsabilité des décideurs politiques, des lobbies et des logiques économiques dans la gestion des crues, en assumant ne pas avoir pris assez au sérieux les rapports d’alerte des experts sur le risque de l’artificialisation des sols.
Notre dernière interlocutrice est Mariebel Soares, maire de Cubzac-les-ponts et victime d’inondations en février 2026. En tant que victime des inondations de février dernier, Mariebel Soares a témoigné des inondations qu’elle a vécu dans sa commune à 3km de Saint-André de Cubzac, moins touchée en 2026.
Sources biblio-sitographiques
Publication d’Ilian Moundib sur la couverture journalistique des inondations
https://www.demarche-urbanisme.fr/rapport-de-risques/telecharger/ville/st-andre-de-cubzac-33240
Inondation (Gironde) | cartographique en Nouvelle-Aquitaine
Carte interactive | Géorisques
Intempéries : première estimation de l’impact des inondations sur le réseau routier départemental | Gironde.FR
Vigicrues : Bordeaux (Garonne)
Rapport de l’assemblée nationale sur la gestion des inondations suite à la tempête Xynthia
Cartographie – Géoportail de l’Urbanisme
État des risques à Saint-André-de-Cubzac (33240) : inondation, séisme, phénomène météorologique
État des risques à Bourg (33710) : inondation, séisme, phénomène météorologique
Reportage sur les dangers de la bétonisation des sols
Reportage hausse population à St-André-de-Cubzac
Données
Cerema, “Consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers du 1er janvier 2009 au 1er janvier 2024”, 2025 [en ligne]
DDTM de Gironde, “Liste des plans de prévention des risques naturels approuvés en Gironde”, 2023 [en ligne]
Observatoire national des risques naturels, “Nombre de reconnaissances Cat Nat par commune au titre des inondations”, version de mars 2025 [en ligne]
DREAL Nouvelle-Aquitaine, “TRI du bassin d’Arcachon : rapport et cartographie des risques”, 2017, mis à jour en août 2023 [en ligne]
DREAL Nouvelle-Aquitaine, “Rapport et Cartographie des aléas et des risques approuvés”, 2017 [en ligne]
DREAL Nouvelle-Aquitaine, “Rapport et Cartographie des aléas et des risques approuvés”, 2017, mis à jour en avril 2019 [en ligne]
Préfet de la région Midi-Pyrénées, “Fiche du TRI Bordeaux”, 2012 [en ligne]
